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Côté Santé

Fermes industrielles : que faut-il en penser ?

2 Avril 2015 , Rédigé par Sam Cardinal Publié dans #Environnement

Fermes industrielles : que faut-il en penser ?

Nous pensions que nourrir une population, toujours en hausse, ne passait pas obligatoirement par une agriculture intensive. Erreur. Pour preuve les autorisations délivrées aux éleveurs de créer des fermes gigantesques dont l’exemple le plus médiatisé est celui de la « ferme des mille vaches ». 

Nous pensions avoir opté pour une agriculture raisonnée, le bio nous incitait à une confiance retrouvée, l’élevage revenait aux circuits courts, les cahiers des charges nous garantissaient une nourriture de qualité… Patatras, on apprend qu’au contraire de nombreux projets faisant appel à des méthodes intensives d’une ampleur jamais atteinte sont en train de voir le jour. La ferme des 1000 vaches est devenue un symbole, celui d’une agriculture libérale à l’extrême. C’est, en vérité, l’approche délibérément choisie par l’Europe. Avec, dès 2015,  la quasi suppression des quotas laitiers. D’où la crispation qui accompagne la sortie de terre du projet de ferme industrielle que les opposants qualifient de « ferme usine ». Fini le modèle ancestral d’élevage familial où la moyenne des troupeaux n’excède pas 50 à 80 bovins ? Il semble bien que oui ! La rupture est consommée, et les nouveaux entrepreneurs sont allés chercher les modèles aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne et même en Israël.

Il était une fois… La ferme des mille vaches 
À la base, l’idée est simple, créer une ferme de 1000 têtes de bétail et utiliser les déchets organiques pour produire de l’électricité à l’aide d’un méthaniseur. La ferme des 1000 vaches est l’œuvre d’un seul homme, Michel Ramery, entrepreneur du nord de la France dans le BTP.  Redoutable homme d’affaires, son groupe a dégagé un chiffre d’affaires de 541 millions d’euros en 2013 et emploie 3550 salariés. Pour l’exploitation de la ferme des 1000 vaches, dont il est le seul actionnaire, il a coopté cinq producteurs de lait de la région. Ils ont créé une société civile laitière : « Lait Pis Carde » pour mettre en commun leurs quotas laitiers et constituer leur futur cheptel.

Des rendements très élevés
Autre rupture, Michel Ramery a recruté un chef de projet salarié, Michel Welter, pour gérer la structure d’élevage inspirée des fermes géantes des quatre coins du monde. Résultat, une immense étable, simplement recouverte d’un toit et équipée de stores mobiles pour préserver les bêtes des intempéries. La traite, automatisée, mais pas robotisée, a lieu 3 fois par jour, contre deux habituellement en France. L’investissement important de six millions d’euros a été nécessaire et ce uniquement pour la ferme. Les prévisions de production sont de l’ordre de 11 500 litres de lait par an et par bête contre les 9000 litres prélevés dans un schéma traditionnel. Le projet du méthaniseur est, lui, indépendant de la ferme. Géré par une filiale du groupe de BTP. L’approvisionnement est assuré par le lisier récupéré à la ferme. Michel Ramery, connait le métier de revalorisation des déchets, il a déjà traité ceux de la ville de Lille. L’électricité produite sera revendue à EDF et rapportera 1,2 millions d’euros par an. Tout cela fleure bon la réussite industrielle, mais alors comment expliquer les réticences (le mot est faible) des opposants au projet ?

Quand la polémique fait rage
Polémique active, puisque recours après recours, le droit d’exploitation a été fixé à l’élevage de 500 vaches et non de 1000. Raison avancée, les résidus organiques chargés d’azote produits par le méthaniseur doivent être étalés sur une surface fixée et il manque 1500 hectares pour cet épandage. L’association Novissen qui regroupe près de 2000 éleveurs et avec la confrérie paysanne, le principal opposant à l’implantation de ce projet,  oppose les motifs suivants : les résidus d’azote pourraient saturer les nappes phréatiques et détériorer la qualité de vie des habitants, et les rejets de méthane augmenteraient la production de gaz à effet de serre. Réponse immédiate du préfet de région « le projet a un effet positif sur l’environnement en termes de gaz à effet de serre et de diminution de consommation d’énergies fossiles ». Pourtant, du fait de la concentration des animaux dans le même espace, un risque existe en cas d’épidémie et du développement de la résistance aux antibiotiques. Mais déjà, c’est tout une filière gigantesque qui se met en place. Début 2014, à Carhaix, les premiers coups de pelle ont été donnés pour construire une usine chinoise qui utilisera le lait des vaches bretonnes pour le transformer en lait en poudre pour bébé. Une production qui sera exportée vers la Chine pour satisfaire les parents soucieux de la qualité pour leurs bébés dans un pays où les scandales alimentaires s’enchaînent. L’inauguration de la future usine est déjà programmée pour le 9 janvier 2016 avec la promesse de 260 nouveaux emplois.  

Seulement 10% des antibiotiques administrés aux animaux servent à les soigner, le reste servant à accélérer leur croissance (malgré l’interdiction) ou à titre préventif !

Seulement 10% des antibiotiques administrés aux animaux servent à les soigner, le reste servant à accélérer leur croissance (malgré l’interdiction) ou à titre préventif !

Poules en méga-batteries
Elevage et pâturage sont les mamelles de la France, disait Sully. Aujourd’hui, il faudrait dire gigantisme et productivisme… Imaginez, une ferme qui contiendrait 250 000 poules pondeuses, située à moins de 50 km de la ferme-usine des Mille vaches. C’est à Doullens (Somme), que va naître ce géant où les volailles seront « logées » dans deux hangars de trois étages chacun, tous éclairés à la lumière artificielle. Le projet est initié par Pascal Lemaire, un entrepreneur local qui espère à terme produire 400 millions d’œufs par an ! Selon lui, « on ne peut pas mettre toutes les poules en plein air. Ma ferme est la solution d’avenir pour sortir de la crise et manger français le moins cher possible ». Avec 9 poules au m2, normal que des voix s’élèvent et en particulier celle de Johanne Mielcarek, chargée de campagne à l’association L214, « dans cet élevage intensif, le stress et la frustration atteignent des sommets pour l’animal qui ne peut plus avoir un comportement naturel et essentiel pour lui comme picorer, gratter la terre, prendre des bains de poussière ». Qu’à cela ne tienne, Pascal Lemaire vient de lever 7 millions d’euros auprès des banques. Il tente de convaincre les riverains, arguant du fait que sa ferme serait susceptible de créer 6 embauches directes et au moins 20 emplois indirects. Alors bien sûr on peut nous rétorquer qu’aux Etats-Unis il existe des sites qui possèdent plus de 5 millions de poules chacun, que cela existe en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie. La contagion s’installe en France puisqu’un projet a même été validé par la préfecture des Deux-Sèvres en juillet 2015 pour la construction d’un poulailler de 350 000 volailles. Un paradoxe, alors que certains supermarchés ont déjà évincé les œufs de batterie de leurs linéaires et que d’autres s’apprêtent à leur emboîter le pas. Sans compter la pression du consommateur dont l’exigence se dirige de plus en plus vers l’œuf de plein air.

Les fermes industrielles et notre santé
Le problème de ces élevages intensifs est bien sûr la forme de maltraitance aux animaux qu’implique l’industrialisation, mais il existe aussi un problème de santé publique. Au-delà de l’image atroce de ces animaux cloîtrés qui grossissent à une vitesse suspecte, il faut parler de la nature de la nourriture qui leur est donnée et des traitements antibiotiques quasi inévitables qui favorisent les résistances bactériennes. Les fermiers d’antan avaient-ils pour habitude de donner des animaux morts en guise de nourriture à leur bétail ? Aujourd’hui cela fait partie de la routine, même si lesdits animaux sont morts de maladie ! Quant aux risques sanitaires… 0Les cadences d’abattage de bovins ont été multipliées par 20, on tue plus de 400 bêtes à l’heure et la transformation se déroule tellement rapidement, qu’aucun inspecteur ne peut tester toutes les pièces de viande alors qu’elles pourraient être contaminées. Pour preuve, le cas d’ESB (vache folle) en Alberta a été détecté dans un abattoir sous inspection vétérinaire lors de l’examen Ante Mortem de l’animal (destiné à l’exportation).

 

Une vraie source de pollution
Il y a aussi l’air que les gens respirent lorsqu’ils vivent ou travaillent à proximité de ces fermes-usines. En effet, les fèces des animaux, entreposés ou vaporisés, provoquent une dispersion dans l’air de sulfite d’hydrogène. Ce composé, quand il est respiré, crée des désordres neurologiques irréversibles chez l’homme. Des travaux scientifiques ont été menés par le Dr Kaye Kilburn, professeur de toxicologie à l’université de Californie du Sud, qui corroborent ces affirmations et qui démontrent qu’au-delà des affections neurologiques, l’ingestion des sulfites d’hydrogène sont responsables de dépression graves.

Par respect pour les animaux et pour notre santé, il nous faut privilégier les circuits courts, un producteur que l’on connait ou la filière bio qui reste malgré certaines réticences un gage de produits moins pollués.

Par respect pour les animaux et pour notre santé, il nous faut privilégier les circuits courts, un producteur que l’on connait ou la filière bio qui reste malgré certaines réticences un gage de produits moins pollués.

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